1948: Force ouvrière se démarque de la CGT

Force ouvrière est l’une des organisations interprofessionnelles de salariés représentatives au plan national. La CGT-FO se créée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, par scission de la Confédération générale du travail. Les mots-clés de son positionnement: autonomie syndicale, revendication et participation à la gestion.

 
Lors du congrès confédéral national de la Confédération générale du travail des 12 et 13 novembre 1947 (IVe République), plusieurs membres de l'instance dirigeante signent un texte proposé par Léon Jouhaux (1879-1954, président de FO de 1947 à 1954) et Robert Bothereau concernant l’orientation que doit prendre la confédération. Ce texte est inspiré des réflexions menées depuis 1945, dans le cadre du journal «Force ouvrière», héritier de la publication «Résistance ouvrière» éditée clandestinement depuis 1943. Il introduit une nouvelle fracture au sein de ce qui est alors la première institution professionnelle dédiée à la défense des salariés de France.

Le refus de l’alignement syndical sur un parti politique

Au sortir de la guerre de 1939-1945, la Confédération générale du travail, du fait de sa mobilisation dans la Résistance, a reconstitué et même accru son influence. En 1921, suite à la création de la Section française de l’internationale communiste, la confédération avait connu une première scission, avant de se réunifier en 1936. Le 19 décembre 1947, malgré les réticences de Léon Jouhault, figure tutélaire de l’organisation, plus favorable aux dissidents mais attaché à l’unité syndicale, les signataires, emmenés notamment par Robert Bothereau (1901-1985, premier secrétaire général de 1948 à 1963) quittent la centrale. L’appellation initiale du nouveau syndicat interprofessionnel, Confédération générale du travail-Force ouvrière (CGT-FO), officialisée en 1948, témoigne de cette tentative de préserver l’unité.

L'influence syndicale renforcée mais en crise d'unité

Les différends internes ont été jusque-là tempérés par l’instauration d’une co-direction assurée par Léon Jouhault et Benoît Frachon, lequel, quoique partisan de l’indépendance syndicale, est aussi un membre éminent du Parti communiste. C’est sur cette question de l’autonomie à l’égard du politique, dans la ligne de la Charte d’Amiens, que cristallise la scission. Ce n’est pas tout à fait, institutionnellement parlant, une répétition de la scission de 1921, puisque les confédérés sont désormais la minorité, tandis que des militants proches des communistes se rallient à sa ligne. Mais c’est bien la question du Parti communiste, de son influence sur les positions de la CGT à l’occasion des grandes grèves de 1947, concernant le Plan Marshall, et d’une manière plus générale le rapport à la démocratie occidentale, qui génère la rupture. L’éclatement recoupe aussi la montée en puissance des syndicats et fédérations de l’industrie, plutôt cégétistes, face aux structures issues du secteur public, plutôt confédérées. C’est aussi à l’occasion de ce conflit interne qu’un certain nombre de fédérations et syndicats «autonomes», que l’on retrouve aujourd’hui dans lUNSA ou Solidaires, se sépareront de la CGT comme de FO.

Dans le contexte de la Guerre froide, la nouvelle confédération trouvera un appui du côté de la fédération des syndicats américains, voire de la CIA, tandis que la CGT passe durablement sous l’influence du parti de la place du Colonel-Fabien, aligné sur l’Union soviétique. La proximité des dirigeants Force ouvrière avec la SFIO (puis le parti socialiste) est moins clairement marquée, même si plusieurs de ses secrétaires généraux, tels Marc Blondel, Jean-Claude Mailly, et dans une moindre mesure André Bergeron, y ont été affiliés. Dès 1948, Force ouvrière, à l’instar de la CGT, de la CFTC, est reconnue comme nationalement représentative. En 1968, ses représentants sont présents à la négociation des accords de Grenelle.

Un projet qui veut allier revendication et négociation

Les statuts de l’organisation (version actualisée de 2007) insistent particulièrement sur l’indépendance syndicale, mais aussi sur la reconnaissance de la démocratie, sur l’objectif de favoriser l’évolution vers une «démocratisation généralisée de l’économie», et sur un mode d’action couplant les «plan revendicatif et gestionnaire» (préambule). La revendication se légitime compte tenu de l’inévitable opposition d’intérêt entre patron et salarié. Le périmètre de la gestion est particulièrement circonscrit au paritarisme dans le cadre de la Sécurité sociale, mais ne doit pas s’assimiler à de la co-gestion, avec le patronat et les pouvoirs publics. Considérée comme un syndicat réformiste, partenaire de négociation, la confédération n’en manifestera pas moins, à partir des années 1990, son opposition franche aux différents projets de réforme des retraites, ainsi qu’à une tendance à l’étatisation de la Sécurité sociale portés par les gouvernements, ainsi qu’à l’individualisation des accords privilégiée par le patronat.

Une organisation interprofessionnelle de salariés représentative nationalement 

Depuis sa création, Force ouvrière a été dirigée par 6 secrétaires généraux: Robert Bothereau, André Bergeron (1922-2014, mandat de 1963 à 1989), Marc Blondel (1938-2014, mandat de 1989 à 2004), Jean-Claude Mailly (mandat de 2004 à 2018), Pascal Pavageau (2018) et Yves Veyrier (2018). L’instance souveraine de la confédération est le congrès national corporatif (tous les 3 ans), assisté d’un comité confédéral national (composé des secrétaires des fédérations et unions), lequel désigne les instances exécutives: commission exécutive (35 membres + membres du bureau) et bureau (et secrétaire général), auxquels s’ajoutent des instances techniques (commissions de contrôle, de délimitation, des conflits).

En 2018, Force ouvrière revendique l’affiliation de 22 fédérations nationales et un maillage territorial de 115 unions départementales. Elle compte au nombre des organisations interprofessionnelles de salariés représentatives au plan national et siège, à ce titre, au HCDS. Lors de la mesure d'audience des syndicats de 2017 correspondant aux élections professionnelles en entreprises (CE, délégués du personnels) et dans les chambres d'agriculture, FO était créditée de 818393 suffrages et 15,60% d'audience, soit 11 milliers de suffragants de mieux qu'en 2013 mais une légère baisse d'audience de 0,3%. Lors du scrutin des chambres d'agriculture 2019, la confédération a recueilli 10,49% des voix de salariés d'exploitations pour 10,68 des voix chez les salariés des groupements, un résultat proche de celui de 2013. Lors du renouvellement des délégués de la Mutualité sociale agricole, elle a recueilli 9% des suffrages du collège des salariés.


Principales sources et références
- «Histoire des syndicats en France», Dominique Andolfatto, Dominique Labbé, éditions du Seuil, 2011, 384 p., ISBN 13: 874-2021047164
- «Le syndicalisme en France depuis 1945», René Mouriaux, éditions de La découverte, 1994, ISBN 13: 978-2-7071-5606-8
- «La naissance de Force ouvrière», Michel Dreyfus, Gérard Gautron, Jean-Louis Robert, presses universitaires de Rennes, 2003; accessible en ligne sur le site www.openedition.org
- «Qu’est-ce FO ?», Jean-Claude Mailly, Yvette Ladmiral, éditions de L'Archipel, collection L’information citoyenne, 2008, ISBN 13: 978-2809801330
- Biographies de Léon Jouhaux, Robert Bothereau, André Bergeron, accessibles sur le site Le Maitron en ligne
- «Mesure de la représentativité syndicale et patronale », Dossier de presse, ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, avril 2017; document accessible en ligne sur le site du ministère
- Résultats des élections aux chambres d'agriculture 2013, communiqué, ministère de l'Agriculture; Cartographie interactive des résultats des élections aux chambres d'agriculture 2019, site Agriculture et Territoires
- «Dossier de presse Élections 2020 des délégués de la MSA», février 2020; accessible en ligne sur le site de la MSA.
- Site de Force ouvrière

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